Cannes 2017 - Prologue



J’ai longtemps songé à ce festival de paillettes et d’apparences, longtemps songé à comment y trouver ma place & quel sens lui donner dans cette petite vie immense qui est la mienne. Foin de bling-bling en ce qui me concerne. En 2012, montant les marches pour la projection du film d’Im Sang-soo, j’ai trébuché sur mes hauts talons, attrapant dans la foulée l’inconnu devant moi, essoufflée et riante. Je suis une fille du mouvement, une femme-brouillon. Pourquoi partir, alors, la valise pleine de robes légères et de feuillets annotés, le coeur battant ?


Il y a une forme de réponse dans l’autoportrait que je rédigeais ici. La question qu’il faut se poser est celle du cinéma et de ce qu’il dit de nous. J’aime entrer dans une salle obscure en sachant que mes questions et mes désirs vont être confrontés à d’autres réalités et d’autres modèles, sentir les lignes bouger et ma zone de confort sans cesse repoussée. De la même façon que j’écris pour donner & recevoir de ces introspections qui nous façonnent, je vais voir un film pour affiner ma perception de moi-même, face à moi, face aux autres, face à la structure sociétale.


Alors, oui, Cannes tout de même ; parce que j’ai encore brûlant le souvenir des échanges enflammés sous le soleil de mai durant les heures d’attente entre deux films, le souvenir de mes pieds nus sur la plage la nuit, dans l’ivresse totale de me sentir entre deux eaux, en mutation ; le souvenir de rentrer grandie d’avoir vu vingt films et d’avoir, par vingt fois, remis ce que je savais en question ; le souvenir d’avoir pour la première fois envisagé le travail d’écriture comme une question formelle et plus simplement thématique ; le souvenir de la joie malgré les cernes et les pieds douloureux quand il s’agissait de coucher sur le papier trois impressions et deux références en espérant qu’au bout du fil, quelqu’un lise et se questionne sur la vie comme je l’avais fait moi-même deux heures plus tôt. Le cinéma bouleverse les équilibres. J’aime être chahutée.


Il ne sera pas, ici, question de compétition : pas de pronostics ni de comparaisons, pas d’analyse de palmarès. L’objet-film est bien trop unique et particulier pour qu’il puisse être confronté à d’autres sinon parce qu’il s’en nourrit, s’y oppose, s’y frotte peut-être. Je me souviens d’un été durant lequel, à l’ombre des murs de la BNF en Avignon, Yannick Butel disait de l’exercice critique : "nous ne sommes personne pour juger du travail des autres, mais nous pouvons leur écrire nos incompréhensions ou nos remerciements pour ce qu’ils dessinent en nous" - ce sera tout l’objet des textes que je proposerai sur ce site pendant la période du Festival : mes émotions à la rencontre des sentiments d’un-e autre, l’ensemble sans doute structuré par quelques références théoriques et, probablement, saupoudré de quelque pétillant.


Vous me suivez ?


 

mardi 16 mai 2017 , par Marie

Commentaires


  • Je suis (et là on me dit que mon message doit comporter au moins 10 caractères)


  • Bizarrement, je me fous à peu près du cinéma, mais j’adore qu’on m’en parle ; alors si c’est toi, si ce sont tes mots !

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